:
La majorité de ce blog est consacrée aux randonnées vosgiennes et franc-comtoise. Parfois viennent se glisser des humeurs quotidiennes, des bouts de soirée arrosée et des spectacles.
23 janvier - 13 février : 3 semaines tant attendues et qui seront passées si
vite. 3 semaine au Viêt Nam dont une dizaine de jours dans la famille de ma louloute en totale immersion au milieu de personnes adorables et dans une culture riche. Dépaysement garanti. Je vous
propose donc ce voyage virtuel mais qui ne sera bien sûr qu'une esquisse qui je l'espère vous donnera envie de prendre l'avion. Dans un premier temps, nous allons nous conduire comme de parfaits
touristes allant d'un site touristique à l'autre. Puis je reviendrai sur l'expérience du têt (nouvel an vietnamien) et sur cette immersion totale dans la famille de ma louloute.
La pagode des parfums est un ensemble de temples et de sanctuaires
bouddhiques, nichés dans les pics karstiques du mont Huong tich (montagne de l’empreinte parfumée). Elle est consacrée à Quan Âm (équivalent de la vierge). Cet ensemble de pagodes se situe à 65
kilomètres au sud de Hanoi. Après la route, il faudra emprunter une barque pour une agréable balade (même si à l’aller, c’était légèrement humide) d’environ une heure au milieu d’une végétation
luxuriante recouvrant les falaises calcaires. Mais cette balade se fait aussi au milieu des autres barques. Le site est souvent surpeuplé ; assez peu de poulets occidentaux (en vietnamien
con ga tây - c'est le nom que donne les Vietnamiens aux occidentaux) mais beaucoup de touristes vietnamiens plus ou moins bouddhistes. Dès l’embarcadère, on est dans le bain avec une
nuée de barques qui attendent les touristes. La montée ou la descente des barques peuvent être périlleuses. Le nombre de barques dépassant largement la capacité d’accueil des embarcadères, il
est souvent nécessaire de sauter de barques en barques pour rejoindre le quai. Cela ne pose aucun problème pour un Vietnamien mais pour un Français de 80 kilogrammes ayant un équilibre assez
pitoyable, ça a failli se terminer par un petit bain. Puis c’est l’ascension qui nous attend. Pour les moins courageux, un téléphérique est disponible mais cet outil dénote un peu dans le
paysage. Nous emprunterons le sentier creusé à même la roche mais qui se transformera en parcours du combattant à quelques centaines de mètres du sommet. La foule devenu trop dense nous
contraindra à rebrousser chemin.
Mon avis : Le site est grandiose mais la foule et les échoppes bruyantes font aussi partie du décor. Renseignez-vous sur les jours de
forte affluence et évitez les à moins que vous n’aimiez les contacts très proches avec la foule. En cas de fortes affluences, vous pouvez également opter pour une visite des pagodes annexes en
lieu et place de la pagode principale. Je n’ai pas vu la pagode principale donc je ne peux vous dire de ne pas aller la visiter mais je peux vous dire que les pagodes annexes valent le détour et
qu’elles sont nettement moins fréquentées.
Baie d'Halong terrestre (ou parfois baie
baie d'Halong des rizières) car on retrouve sur ce site les pics karstiques caractéristiques de la baie d'Halong. Si sur ce dernier les pics se dressent au dessus des mers, à Tam Coc ils se
dressent au dessus des rizières et de la rivière Ngo Dong. Tam Coc se situe à 10 kilomètres au sud de Ninh Binh et plusieurs scènes du film Indochine y ont été
tournées.
La balade dans ce paysage majestueux se déroule dans une barque et dure environ 2 heures. Anciennement la
promenade aquatique se faisait à bord de ravissantes barques en osier. Mais les barques métalliques (comme celles de la pagode des parfums) les ont remplacées. Dommage les dernières sont
nettement moins charmantes. La virée nous fera traverser trois grottes (Tam coc signifie Trois grottes) :
Hang Ca d'une longueur de 127 mètres
Hang Giua d'une longueur de 70 mètres
Hang Cuoi d'une longueur de 45 mètres
Au milieu du parcours, nous effectuerons une halte au milieu de "marchés
flottants" où les vendeuses essaieront de vous vendre des boissons notamment en faisant marcher la corde sensible en vous proposant d'acheter une boisson pour la batelière qui vous accompagne.
A vous de voir...
Lors du parcours, vous pourrez également croiser des batelières ramant avec leurs pieds. C'est déjà pas
simple avec les mains, alors imaginez avec les pieds. Cette pratique est normalement interdite car la position prise est jugée vulgaire. C'est assez absurde et cette manière de ramer fait
vraiment parti du charme du site.
Au retour, les bateliers vous laisseront le choix de finir à pied ou en barque. Le parcours à pied vous
emmènera vers quelques pagodes et vers un musée gratuit où vous pourrez observer les anciennes maisons tradtionnelles en terre et paille. En 5 ans, ces maisons ont quasiment disparu et ont été
remplacées par le béton qui ne tempère pas avec la même efficacité l'intérieur de la maison. Ainsi, la mode du béton est accompagnée par la mode de la climatisation.
Mais avant de débarquer, la batelière vous proposera des broderies ou des cartes postales. Vous pouvez
négocier ou alors attendre de rentrer au village où les tarifs sont plus bas et le choix plus large.
Lors du retour pédestre, nous prendrons en charge une Israelienne qui semblait un peu paumée. C'est assez
étonnant le nombre de touristes qui voyagent seul au Viêt Nam.
Après cette balade, nous nous arrêterons dans un petit restaurant pour nous rassasier de mets excellents à
base de viande de chèvre qui est la spécialité du coin. Vous pourrez d'ailleurs croiser de nombreuses chèvres plus ou moins sauvages dans le village se délectant des plantes laissées à leur
portée.
L'après midi, nous profiterons du temps agréable pour flâner à pied dans les pagodes accrochées aux pics
karstiques ou même parfois au sein de grottes. Le tout au milieu de rizières où les Vietnamiens débutaient à repiquer les jeunes pousses de riz.
Mon avis : Un endroit délicieux et paisible. Nous
nous y sommes rendus tôt le matin où l'affluence est plus faible. Un peu plus tard dans l'année, le parcours est agrémenté de rizières aux verts flamboyants ou aux jaunes dorés. Les vendeuses
lors de la balade en barque peuvent se montrer insitantes d'après les différents guides (lonely planet, gallimard...). Mais la présence de Louloute a certainement aidé à ce que cette balade
soit idyllique.
Cette ville est située à environ 90 kilomètres au sud est de Hanoi. Cette
cité n'est pas forcément un lieu de choix pour le touriste mais il s'agit de la ville d'origine du beau-frère à Louloute. Nous sommes donc aller rendre une petite visite à cette branche de la
famille. Mais il y a tout de même quelques sites d'intérêt à aller voir.
Le premier est une place où trône fièrement une statue de Trân Hung Dao qui fût un général qui repoussa les Mongols à plusieurs reprises.
Le deuxième est le temple Le Trân où l'on peut contempler la pagode Pho Minh et le stupa de 13 étages du même nom où repose le roi Trân Nhan Tong.
Notre passage dans cette ville aura été également l'occasion d'une visite insolite chez un voyant. En effet, le mari de la soeur au beau-frère à Louloute (ah vous savez la famille au Viêt
Nam) est voyant. Donc lors d'une visite à cette soeur, nous sommes montés à l'étage où après avoir franchi une porte, nous sommes tombés sur une salle de voyance où étaient assises environ 10
personnes qui attendaient la professie. Ce qui m'a le plus étonné, c'est la délivrance des professies devant tout ce public. Un Français a plutôt comme image un salon sombre où l'on frotte
une boule en tête à tête avec la voyante ou avec le charlatan. Non ici, ça se fait à partir de cartes où figurent des anciens caractères vietnamiens (se rapprochant des idéogrammes chinois)
et ça se déroule devant tout le monde. Ouf le voyant a annoncé plutôt des bonnes choses à Louloute. Nous pouvons repartir en paix vers une nouvelle étape.
Hanoï ne fût qu’une ville de transit pour nous emmener vers d’autres destinations. Mais les correspondances
étant parfois longues, nous avons pu visiter quelques sites.
Temple de la
littérature : ou pagode Van Mieu. Elle fût édifiée en 1070 par l’empereur Ly Thanh Tong (dynastie de Ly ayant régné de 1010 à 1225). Elle était dédiée à Confucius et fût le
socle de la première université vietnamienne où les 3 piliers de l’enseignement étaient la littérature, la philosophie et l’histoire de l’ancien Viêt Nam et de l’ancienne Chine. Au sein de
cette université, des concours ont été organisés tous les 3 ans de 1442 à 1779. Il devait permettre à n’importe quel citoyen d’accéder au statut de mandarins en cas de réussite. Des stèles
avec les noms, lieux de naissance et hauts faits des lauréats ornent le temple de la littérature. Il en reste 82 sur les 116 construites. Elles reposent toute sur une tortue de pierre
symbolisant la force et la longévité. Le temple se situe à 2 kilomètres à l’ouest du lac Hoan Kiem et est souvent cité comme un havre de paix. Mais la période suivant le Têt (nouvel an
vietnamien) n’est pas forcément le moment le plus propice pour profiter de cette paisibilité au cœur d’Hanoï. En effet, à cette période, un grand nombre d’étudiants viennent au temple pour
toucher la tête des tortues portant les stèles afin d’avoir de la réussite dans les examens de l’année.
Lac Hoan Kiem, temple Ngoc Son
et tour de la tortue : Le nom du lac qui signifie lac de l’épée restituée est entourée d’une légende expliquant son nom. Au XVème siècle, un pêcheur nommé Le Loi
(qui devait devenir en 1428 l’empereur Le Thai To) reçut du génie du lac, la Tortue d’or, une épée magique pour combattre les troupes chinoises conduites par les Ming. Après avoir libéré le
pays au terme de dix ans de lutte, il se rendit un jour en barque sur le lac pour restituer l’arme. La Tortue d’or apparût à la surface et s’empara de l’épée qu’il brandissait au dessus de
l’eau. Cette légende symbolise l’intervention divine dans la lutte du Viêt Nam pour se libérer des Chinois.La tour de la tortue (Thap Rua) commémore l’évènement dans la partie Sud du lac. Le lac abrite aussi une espèce de tortue endémique à carapace molle
(légende ou réalité ?) dont une est exposée à la pagode Ngoc Son (ou pagode de la montagne de jade) situé sur la partie Nord du lac. Construite au XVIIIème siècle, on y accède
par le pont de bois rouge The Huc qui date du XIXème siècle.Le lac développe un
charme tout particulier tôt le matin. Vers 6 heures, heure à laquelle les Vietnamiens viennent pratiquer le Tai Chi, le badminton et le jogging avant de commencer leur journée de
travail.
Mon avis :
dans la folie d’Hanoi les lacs dont le lac Hoan Kiem constituent des écrins de verdure et de calme où les amoureux viennent se taquiner et où les personnes viennent entretenir leur corps et
leur âme. Il est vraiment agréable d’arrêter le temps pendant une heure en s’asseyant sur un des nombreux bancs présents.
Musée d’ethnologie du Viêt
Nam : C’est le musée le plus récent de Hanoi. Fruit d’une coopération avec le musée de l’Homme de Paris. Il est consacré au monde rural et aux minorités ethniques du pays. Il
rassemble plusieurs dizaines de milliers d’objets usuels, des instruments de musique, des costumes... Des projections vidéo permettent de découvrir diverses activités
artisanales.
Mon avis :
C’est un musée très riche où l’on peut rester une journée entière si l’on s’intéresse à la vie et à la culture des minorités ethniques du Viêt Nam. Les explications sont rédigées en
vietnamien et en français. C’est appréciable. C’est aussi appréciable de se promener dans le parc paysager orné de maisons traditionnelles où vous pourrez vous désaltérer d’un délicieux
thé.
Quartier des 36
rues : Au nord du lac Hoan Kiem, ce quartier commerçant aux rues étroites remonte à plus de six siècles. Chaque rue est traditionnellement le siège d’une corporation, souvent
originaire d’un village du delta, et porte le nom des marchandises qui y sont vendues (Hang signifie marchandise). Ainsi Hang Bo est la rue des paniers, Hang But la rue des brosses
et ainsi de suite. Bien que le petit commerce ait été interdit pendant plus de quarante ans, le quartier a retrouvé toute son animation depuis une dizaine d’années. Mais, si les commerçants
s’y regroupent toujours par spécialité, le nom de la rue ne correspond plus vraiment à leur activité.
Mon avis :
une fourmilière où chacun à sa place et sa fonction. A faire même si la foule a tendance à me fatiguer. Dans les quartiers vendant des vêtements, il n’est pas toujours évident de trouver
son bonheur au milieu de toute la contrefaçon. Mais l’ambiance est tellement colorée, mouvementée et odorante.
Les transports en
commun : Afin d’éviter de laisser filer nos dôngs dans des taxis beaucoup plus cher que les bus, nous avons tenté au maximum d’emprunter les transports en commun. Globalement,
pour 3000 dôngs, ça se passe bien. Le moment le plus dur a été le trajet depuis le musée de l’ethnologie jusqu’à l’aéroport. Bus bondé, gros sac sur le dos et conduite ultra-sportive avec
arrêt éclair aux stations. Vous avez intérêt à connaître votre arrêt et à préparer votre descente. De notre voyage, j’aurais tendance à dire que les Vietnamiens ont une tendance à
l’optimisation : on range bien les gens dans le bus et on en met le plus possible. Ainsi le trajet Thai Binh – Hanoi s’est déroulé sur un petit tabouret dans l’allée centrale du bus. La
fesse souffre au bout d’une heure de voyage. Mais tout se passe plutôt bien à tarif réduit. Il n’en a pas été de même pour notre trajet de Hanoi à Lao Cai en train de nuit. Il semble qu’aux
périodes d’affluence, comme la semaine suivant le Têt, l’obtention d’un ticket de train en couchettes (le voyage dure 9 heures pour même pas 300 kilomètres) s’avère être un parcours du
combattant où la corruption sera la seule issue pour un voyage où l’on pourra dormir. Revenons brièvement sur les faits : nous avions téléphoné à la gare de Hanoi 2 jours avant notre
voyage en train afin de réserver des billets en couchette. Mais la personne à l’autre bout du fil nous affirme que nous ne pouvons pas réserver par téléphone. Donc deux jours plus tard, une
fois sur Hanoi, la première destination est la gare pour acheter les billets de train. Nous achetons 2 billets à 98000 dôngs l’unité tout en sachant que nous n’aurons pas de couchettes mais
pensant que nous disposerons de fauteuils confortables nous permettant de dormir. Mais le soir venu, nous nous retrouvons sur le quai de la gare et nous nous apercevons que nos billets sont
pour le wagon le moins confortable du convoi. L’amie Louloute parlant le vietnamien (logique étant donné qu’elle est vietnamienne), nous comprenons vite qu’une bonne partie des billets sont
achetés assez tôt par des revendeurs à la sauvette qui les revendent au moment opportun au prix fort. En ce qui nous concerne, nous soudoierons la contrôleuse du wagon afin de disposer de sa
couchette. Le schéma est bien rôdé, la contrôleuse dispose d’une chaise pliante et de tout un petit nécessaire afin d’aménager sa cabine en couchette pour deux personnes. Mais le confort
n’était pas réellement à la hauteur des 500000 dôngs laissés à la contrôleuse. Bref la nuit fût très courte et je dois avouer que si ce moment me laisse désormais un bon souvenir (car c’est
une expérience originale et que je n’en suis pas mort), sur le quai et pendant le voyage, je bouillais de l’intérieur. Donc conseil aux futurs voyageurs, réservez vos billets très tôt ou
passez par une agence. Pour information, au retour où nous aurons chargé notre hôtel de réserver les billets, nous avons payé 400000 dôngs chaque billet.
Donc comme vous avez pu le comprendre si vous avez lu l'article précédent
le voyage jusqu'à Sa Pa n'a pas été de tout repos. Enfin surtout le voyage jusqu'à Lao Cai qui aura été le terminus de notre train. Une fois à Lao Cai, nous prendrons un mini-bus en
direction de Sa Pa. Là aucun problème. Le chauffeur attendra juste l'arrivée du train suivant afin de remplir son mini-bus. Et puis nous ne verrons pas grand chose du trajet, la nuit ayant
été difficile, nous nous sommes vite rendormis malgré la route sinueuse. Quand les yeux s'ouvrent de nouveau, nous sommes à Sa Pa.
Sa Pa, ville d'environ 40 000 habitants située à 1650 mètres d'altitude. Elle a été fondée en 1922 par
les colons français qui avaient vu un lieu de villégiature pendant la saison chaude à la manière de Dalat dans le sud. Ainsi en 1947, on pouvait compter plus de colons que de vietnamiens.
On vit aujourd'hui un peu la même chose car la ville est envahie de touristes. Mais le tourisme a eu le bénéfice de faire renaître cette ville qui a été durement touchée par les conflits :
guerre d'Indochine, guerre du Viêt Nam et surtout différend frontalier sino-vietnamien de 1979. Toutefois le tourisme apporte son quota d'invonvénients : construction envahissante d'hôtels
et surtout mutation culturelle des montagnards et des minorités ethniques (certains montagnards maîtrisent mieux l'anglais que le vietnamien).
Le mini-bus nous déposera à proximité de notre hôtel. Je vous donne la carte de visite de cet
établissement car nous avons été satisfaits et qu'il est cité comme référence dans plusieurs guides : Auberge Dang Trung Sapa Tel : 020871243 Fax : 020871666 Email : info@sapadiscovery.com
Le patron parle très bien le français. Toutefois, si vous prenez un guide francophone, sachez qu'il vous
en coûtera 30 $ par jour et par personne contre 20 $ pour un guide anglophone.
Une fois à l'auberge, la première chose que nous faisons est de réserver notre billet de train pour le
retour et le billet d'avion pour Huê. Ensuite nous organisons le petit circuit que nous allons faire à pied et enfin nous profitons des 3 heures qu'il nous reste avant le départ en
randonnée pour prendre une douche et dormir. Nous commencerons à marcher vers 10h avec notre guide Hiên (qui signifie gentillesse) au regard malicieux. Un troisième larron nommé Jerry,
étudiant en médecine et de nationalité australienne nous accompagnera pendant la première journée. Au départ de la marche, un groupe de Hmong (minorité ethnique majoritaire dans la région)
nous attend pour nous vendre des pseudo bâtons de randonnée en bambou. Ben, j'aurais dû en acheter un. Ma première chute interviendra quelques centaines de mètres plus tard. Ca sera la
première mais pas la dernière. Pendant toute la matinée, nous serons accompagnés de nombreux autres touristes et de Hmongs noirs qui nous tendent la main dès que le sol s'annonce glissant.
Quand on lève un peu les yeux de ses chaussures, le spectacle est sublime : montagnes aux flancs décorés de rizières en terrasses. Et encore ici le repiquage des jeunes pousses n'a pas
débuté. Ca donne vraiment envie d'y retourner à une autre saison. Le tout est agrémenté de cochons vietnamiens, de chiens, de Hmongs aux tenues si colorées qu'elles en déteignent sur leurs
mains et leurs bras. A ce propos, si vous achetez des tenues traditionnelles, sachez que la teinture indigo que les Hmongs utilisent n'est pas fixée. Donc si vous ne souhaitez pas
ressembler à un schtroumpf, il est recommandé de tremper les vêtements dans de l'eau froide salée ou vinaigrée ou alors d'isoler le vêtement dans un sac plastique afin d'éviter de
transmettre la bleuïsse à tous vos vêtements. Une fois ces précautions prises, nous pouvons aller déjeuner. Le repas, euh, comment dire, il fait tache au milieu du décor. Je ne m'attendais
pas vraiment à manger de l'omelette, des crudités, du pain, des fruits et de la vache qui rit. Ah putain, je savais bien que je finirais par croiser une franc-comtoise. De toute façon
j'avais pas un grand appétit et Louloute a toujours des crampes à l'estomac. En plus, nous étions attendus par les Hmongs qui nous assaillent afin de nous vendre des petites sacoches
artisanales. Difficile de ne rien donner étant donné que ces femmes nous ont accompagnés toute la matinée. Mais nous ne sommes pas dupes et nous savons bien que leur finalité était de nous
vendre des objets à la fin du parcours. Nous donnerons finalement quelques milliers de dôngs pour leur aide sans acheter leurs accessoires artisanaux. Est-ce la bonne solution ? Je ne
pense pas. Il aurait été certainement plus bénéfique de faire un don dans un collège ou une école ou de prendre un guide issu des minorités ethniques. Pas évident d'être toujours éthique
quand on fait le touriste. A réfléchir pour le prochain voyage.
L'après-midi consistera à marcher dans le fond de la vallée où nous traverserons plusieurs villages et où
l'on visitera une maison Zay. Très propre et assez spacieuse. Elle est construite à même le sol avec deux mezzanines de chaque côté de la pièce principale. Nous arriverons vers 15h30 sur
notre lieu de couchage à Ta Van ; une sorte d'hôtel campagnard doté d'un billard. En haut, une mezzanine equipée de lits, de couvertures, d'oreillers et de moustiquaires. Vu notre arrivée
précoce, nous en profiterons pour faire une bonne sieste (2 heures pour Louloute) qui sera suivie d'une bonne douche. Suite à la douche, un repas avec des consonances un peu plus
vietnamiennes et ce sera l'occasion de faire connaissance avec une quatrième compère : Karine, banquière et parisienne. Plutôt sympathique mais nous en reparlerons plus tard. L'ambiance de
la soirée est plutôt bon enfant (verre d'alcool de riz offert par le tenancier) mais elle se terminera assez tôt car le voyage en train a laissé des marques. Mais malheureusement, je ne
trouverai pas le sommeil tout de suite car une bande d'anglophones hurlants a envahi les lieux pour s'abreuver et écouter de la musique anglaise. Non mais quelle idée de faire hurler sa
musique en cet endroit. Bref la nuit sera bonne tout de même ce qui n'aura pas été le cas de Louloute. Et moi, je me réveille avec des vertiges qui je pense étaient dû à une légère
déshydratation. Au petit déjeuner, on se sent à nouveau touristes : café soluble, thé lipton et crêpes. Seul le miel semble être du coin. Le sac à dos viendra reprendre sa place vers 10h00. Environ 30 minutes plus tard, il commencera à pleuvoir et cela
durera toute la journée. Et sentiers en terre + pluie + pente raide = on serre les fesses. Mais ça ne suffira pas et je vais me trouver assez honteux. La dernière descente de la matinée a
été réalisée à moitié sur les fesses, à moitié sur les pieds et aidé par une Hmong enceinte de 8 mois. Un poulet occidental de 80 kg aidé par une crevette vietnamienne enceinte jusqu'aux
oreilles. Comme la veille, à l'arrivée à notre "restaurant", les Hmongs essayent de nous vendre des petites sacoches. Nous procéderons comme la veille. Nous retrouverons Karine au
restaurant. Jerry lui nous a abandonné au commencement de la journée pour rejoindre l'auberge. A la vue du pantalon de Karine, on comprend rapidement qu'elle a eu aussi quelques problèmes
d'adhérence. En plus elle est trempée et frigorifiée, je lui propose donc gentiment ma cape de pluie dont je ne me sers pas en pensant qu'elle allait la laisser à l'auberge et que je
pourrais la récupérer à notre retour. Mouais, tu es trop naïf mon pauvre, tu aurais dû dire adieu à ta cape de pluie. L'après-midi est moins glissant mais plus monotone. A ma demande, nous
suivrons pendant un long moment la route afin d'éviter les sentiers rendus trop casse-gueule par la pluie. Nous visiterons la maison d'un Dao rouge nettement moins accueillante que la
maison Zay visitée la veille. La route de l'après midi est brumeuse, longue et humide. Mais nous apercevons enfin le village de Bàn Hô où nous dormirons ce soir. Mais avant d'arriver, une
dernière descente redoutable nous attend et franchement j'ai regretté de ne pas avoir pris ma luge, ça aurait été l'éclate. Un groupe qui nous devance de quelques mètres nous donne un
aperçu de la tâche qui nous attend. Une personne de ce groupe se mettra un genou en l'air pendant la descente. Nous la recroiserons à la gare de Lao Cai le lendemain, elle boîtait bas et
était un peu énervée car elle ne s'attendait pas du tout à ce genre de sentier. Je pense que je l'aurais également mauvaise si je m'étais esquinté quelquechose. Arrivés au village, nous
sommes censés dormir chez l'habitant mais c'est très proche de la veille. Une fois le sac posé, première chose à faire : nous changer et nettoyer nos chaussures. Pour le repas, on nous
propose de nous servir le repas dans les "dortoirs" et de manger tout seul comme deux cons. Mais non, on n'est pas d'accord, nous irons nous incruster dans le repas de la famille (après
avoir demandé leur accord bien évidemment). Joyeux repas autour du foyer.
Encore une fois la nuit fût bonne, mais la tête est toujours un peu en vrac. Pas assez pour ne pas me rendre compte du magnifique paysage du matin composé de nuages accrochés aux flancs des
montagnes et laissant filtrer une douce lumière. Petit déjeuner avec la famille, puis nous partons avec Hiên pour la visite du village de Ban Hô. Mais je ne savoure pas vraiment, vraiment
du mal à supporter la chaleur ce matin. Nous commençons par la visite des sources chaudes du village qui sont à mon goût sans intérêt. Enfin si, la traversée du pont de bambou au dessus
d'une rivière assez agitée était assez drôle. Surtout une fois que j'avais traversé et que je pouvais observer sereinement Louloute serrer les fesses quand son tour était venu. Gnarc gnarc.
Puis visite des chutes d'eau LaVie (comme les bouteilles d'eau minérale Nestlé là-bas). Mais vraiment pas la forme et je ne prête guère d'attention à cet endroit pourtant sympathique. Nous
nous arrêterons dans une maison d'hôte afin que je puisse me désaltérer. Ca me fera le plus grand bien en plus la gérante est bien aimable. Il s'agit d'une des pionnières de l'accueil de
touristes dans ce village. Une marque rouge et ronde de la taille d'une pièce de 2 euros sur son front m'intrigue. Il s'agit en fait de la trace laissée par une corne de buffle remplie de
charbons ardents que les femmes de la région s'appliquent sur le front en cas de fortes migraines. Suite à cet accueil délicieux et à une bouteille d'eau tout aussi délicieuse, nour
rentrons à notre maison d'hôtes pour un repas rapide car nous devons rejoindre notre chauffeur pour l'après midi. Mais avant de pouvoir le rejoindre, il faudra faire une petite marche, pas
longue mais ça grimpe sec et le soleil donne. Bref quand nous apercevons la voiture, c'est un soulagement. Notre chauffeur nous emmenèra dans un village où se déroule une fête tay. Mais il
y a nettement plus de Hmong que de Tay. Assez logique étant donné que les Hmongs représentent 52% de la population dans la région. A cette fête divers jeux :
une danse entre des bâtons de bambou que des personnes bougent au
rythme de la musique. Ca se rapproche un peu de l'élastique dans les cours de récréation française mais en nettement plus compliqué.
un jeu de force où deux personnes sont placées aux deux extrêmités d'un
court morceau de bambou et où l'objectif est de pousser l'autre. Je vivrai d'ailleurs une défaite cuisante contre un américain. Défaite qui me laissera un bleu de la taille d'un poing
sur la cuisse.
un jeu où il faut transpercer une toute petite cible située à environ
25 mètres de haut.
Après midi vraiment agréable. Nous rentrerons à l'hôtel assez tôt dans
l'après midi ce qui nous laissera le temps de prendre une bonne douche à l'hôtel, d'aller faire un petit tour dans Sapa et de faire quelques provisions pour le voyage nocturne en train.
Nous passerons également par l'office de tourisme pour acheter une carte de la région en souvenir. Et enfin nous prendrons le minibus pour rejoindre la gare de Lao Cai. A l'aller, nous
avions dormi profondément mais là non. Et on se rend bien compte que le route n'est pas toute droite, et en plus quand elle est droite, il faut éviter les buffles qui traînent. Arrivés à
Lao Cai, nous serons pris en charge par un jeune Vietnamien dans un café qui nous raménera nos billets 15 minutes plus tard. Faut pas chercher à comprendre, moi tant que je dors dans une
couchette cette fois-ci. A la gare de Lao Cai, de nombreux Vietnamiens proposent leurs services pour laver vos chaussures. Une fois dans le train, nous partegerons notre compartiment
couchette avec un couple d'Hollandais dont la femme est originaire du Viêtnam. Ils sont accompagnés de leur fille, toute mimi. Malgré la couchette, la nuit ne sera pas délicieuse. Ca bouge
quand même pas mal et l'ambiance dans le compartiment est assez étouffante.
Arrivés à 5h00 à Hanoi, nous rejoindrons le lac Hoan Kiem puis un hôtel pour se doucher et dormir un peu et enfin le musée d'ethnologie puis l'aéroport pour décoller vers
Huê.
Huê fût la capitale du Viêt Nam sous la dynastie des Nguyên (1802-1945). Au
contraire de leurs prédécesseurs, les Nguyên ne se firent pas inhumer dans le village natal du fondateur de la dynastie mais au sud de Huê dans des tombeaux impériaux de part et d’autre de la
rivière des parfums. Suite à la visite de la citadelle impériale, notre journée nous amènera aux tombeaux impériaux de Minh Mang (empereur de 1820 à 1840), de Tu Duc (empereur de 1847 à 1883) et
de Khai Dinh (empereur de 1916 à 1925).
Minh Mang : Le
tombeau fût conçu du vivant de l’empereur. Cependant, il ne fût érigé qu’entre 1841 et 1843 par son successeur Thieu Tri. Ce tombeau se fond harmonieusement dans le paysage composé d’étangs
et de pinèdes.
Tu Duc : Comme
le tombeau de Minh Mang, celui de Tu Duc est un havre de paisibilité. Il fût édifié de 1864 à 1867, soit environ 20 ans avant sa mort. L’homme était prévoyant. C’est sans doute cette
prévoyance qui l’avait amené à éliminer son frère aîné pour accéder au trône. La construction aura nécessité une main d’œuvre modeste, soit 3000 hommes. Et je ne pense pas que Martine A. fût
dans l’équipe des mandarins de Tu Duc pour limiter les semaines de travail à 35 heures. Cette débauche d’argent et de moyens valu à Tu Duc un complot en 1866 qui échoua. Mais l’empereur n’a
pas toujours eu cette chance. En effet, malgré ses 104 épouses (ça a tout de même du bon le métier d’empereur), il ne laisse aucune descendance. Il est peu probable que ses 104 épouses aient
été stériles, il y a donc fort à parier que ce soit Tu Duc qui était stérile, d’autant plus qu’il avait contracté la petite vérole (variole). Tu Duc ayant eu le règne le plus long des
empereurs de la dynastie Nguyên, il possède d’autres faits d’arme à son actif et notamment la persécution des catholiques vietnamiens qui étaient marqués au fer sur la joue gauche avec les
caractères « ta dao » qui signifient « infidèle ». Ces actes anti-catholiques seront le prétexte pour l’invasion du pays par les Français et le début de la colonisation du
Viêt Nam. La dernière anecdote que je citerai concerne sa sépulture. L’empereur n’y fût jamais réellement enterré et l’on ignore où il repose. Il souhaita garder le secret à tout prix, à tel
point que les 200 serviteurs chargés de ses funérailles furent décapités. Mais cet empereur garde la sympathie des Vietnamiens d’aujourd’hui car il est perçu comme un empereur conservateur et
ayant lutté contre l’invasion française.
Khai Dinh :
Avant dernier souverain Nguyên, il fît construire le dernier site funéraire des seigneurs Nguyên. Son architecture mélange styles vietnamien et occidental laissant penser à un château
oriental. Son édification prendra 11 ans (de 1920 à 1931). Le site est constitué d’une succession d’escaliers et d’esplanades menant jusqu’au sanctuaire dont l’intérieur est décoré de
mosaïques somptueuses.
Mon avis : Superbe et calme
et vous l'aurez compris, ça me fait du bien le calme.
Capitale impériale du Viêt
Nam de 1802 à 1945 sous la dynastie des Nguyên. Huê fût aussi la place de durs affrontements lors de la guerre de décolonisation et lors de la guerre du Viêt Nam, tout particulièrement pendant
l'offensive du Têt en janvier - février 1968. Ces combats ont engendré la destruction de nombreux monuments historiques et de pièces d'une valeur inestimable. Il faudra attendre 1990 pour que le
gouvernement Vietnamien commence des travaux de restauration. Comme la citadelle de Besançon, la citadelle de Huê est classée au patrimoine mondial de l'UNESCO.
Le classement au patrimoine mondial de l'UNESCO n'est
pas le seul parallèle que je peux faire avec la citadelle de Besançon. Bien sûr les styles arcitecturaux n'ont pas grand chose à voir (Vauban n'est pas passé par le Viêt Nam), on n'y trouve pas
les mêmes animaux (éléphants et carpes koi à Huê) mais dans les deux citadelles, il se dégage une ambiance paisible incitant à des balades lentes et délicieuses. Nous y seront allés deux
journées consécutives. La première dans le cadre d'un circuit avec un tour opérator qui ne nous laissera pas le temps pour déployer toute la lenteur nécessaire à une dégustation savoureuse du
site. Cela explique la deuxième après midi passée à la citadelle. Et surtout la fin d'après midi, heure où les touristes commencent à déserter l'endroit pour laisser la pleine jouissance du
lieu aux flâneurs qui ne traverseront la porte de sortie qu'accompagnés par le soleil couchant.
Cette pagode est l'un des emblèmes du Viêt Nam. Elle est située à 4 km au sud
ouest de la cité impériale de Huê et surplombe la rivière des parfums. Elle fût fondée en 1601. La tour octogonale (21 mètres de haut) fût érigée en 1844. Encore une fois, paisibilité,
lenteur et béatitude sont au rendez-vous. Mais elle n'a pas toujours été aussi paisible cette pagode. Depuis 1960, elle est un foyer de manifestations politiques. Vous pourrez d'ailleurs trouver
au sein de la pagode l'Austin qui permit au bonze Thich Quang Duc de se rendre à Saigon en 1963 dans le but de s'immoler publiquement en signe de protestation contre la politique anti-bouddhisme
du président sud vietnamien Ngo Dinh Diem. Cette image a fait le tour du monde et tout le monde la connaît (cf la pochette d'album de Rage Against The Machine) mais pas forcément avec les
références historiques.
Evidemment, les 3 journées passées à Huê nous auront permis d'arpenter les
rues de la ville avec à la clé quelques clichés. Le séjour à Huê aura notamment l'occasion d'une soirée mémorable. Pour commencer, deux crevettes femelles viennent nous chercher en
mobylette. Et un gros poulet occidental sur une mobylette derrière une crevette vietnamienne. Les crevettes à mobylette nous emmènent à la rivière des parfums pour un concert de musique
traditionnelle sur un bateau dragon. Je suis le seul occidental à bord et je serai sollicité pour des photos de groupe où je pose fièrement au milieu des Vietnamiens. Y'a des moments où je pense
à Bill Muray dans Lost in translation. Heureusement que ma Scarlett Johansson est à mes côtés.